La prise d’otages terroriste est un phénomène en net accroissement depuis une cinquantaine d’années pour l’opportunité unique qu’elle offre aux preneurs d’otages d’imposer par l’horreur et le chantage leur vision du monde aux sociétés qu’ils combattent.

Par Arnaud Emery, doctorant en droit à l'université Jean Moulin de Lyon III, chargé de mission Digital Learning chez ANTICIP.


Télécharger l'article paru dans Sécurité & Stratégie n°22 de juin/septembre 2016

La spécificité de la prise d’otage terroriste comme modus operandi pour commettre un attentat réside dans la temporalité de celle-ci. Ce type d’attentat peut s’étaler sur plusieurs heures voire plusieurs jours et l’incertitude durable qu’il fait peser quant au nombre et à la survie des otages sur l’opinion publique qu’il souhaite frapper en renforce dramatiquement l’impact. L’attentat à la bombe , l’assassinat ciblé, la fusillade ou l’embuscade sont des attentats déjà terminés lorsque l’opinion publique en prend connaissance. Si l’impact médiatique et émotionnel de ce type d’attentats est très grand, celui déclenché par une prise d’otages dont le déroulement est souvent suivi en direct des heures durant sur les plateaux de télévision est facilement comparable voir supérieur malgré des pertes humaines parfois bien moindres. L’incertitude prolongée sur le sort des otages et la grande couverture médiatique permet ainsi pleinement « l’impression d’interchangeabilité des cibles et l’identification compassionnelle ressenties par les citoyens spectateurs » exposée par Floran Vadillo.

Prendre des personnes en otage afin d’exercer une forme de chantage sur une autorité étatique est considéré partout dans le monde comme un affront grave fait à la puissance publique. Il est donc nécessaire de s’interroger afin de savoir si la prise d’otage de masse (ou de type siège) comme attentat terroriste , de par le choc émotionnel qu’elle produit, n’est pas le révélateur glaçant des limites de l’État de droit, accordant une forme de blanc-seing juridique à l’État quant aux moyens mobilisables pour y mettre un terme.
En effet cet article démontre que ce n’est bien souvent pas tant la préservation des vies des otages que l’élimination rapide des preneurs d’otages qui motive les opérations de secours armées déclenchées par les gouvernements autoritaires. Par ailleurs, si l’otage est relativement mieux protégé dans les États démocratiques, ceux-ci peuvent avoir tendance à sur-réagir et à laisser paraître les limites de l’État de droit dans leur gestion de la crise terroriste. Ces stratégies, mise au service de l’ambition légitime de neutraliser les preneurs d’otages, se révèlent pourtant d’une relative stérilité en ce qui concerne leur aspect dissuasif. Elles emportent par ailleurs des conséquences dramatiques pour les victimes.

I. La neutralisation des preneurs d’otages, priorité première des gouvernements « autoritaires »

L’analyse de la résolution des prises d’otages dans les États autoritaires démontre par les moyens mis en œuvres et l’argumentation des dirigeants que ceux-ci ont pour but premier de mettre un terme à la prise d’otage, quel qu’en soit le prix. Ainsi de la prise du palais de justice de Bogota en 1985 à la crise d’In Amenas en Algérie en 2013 en passant par le siège du Théâtre du Nord-Ost à Moscou en 2002 et la crise de Beslan en 2004, tous ces drames ont pour point commun une perte massive de vies coté otages indubitablement liée à la mise en œuvre d’une réponse particulièrement violente des autorités négociatrices.

A) La victoire à tout prix, une tragédie pour les otages

Deux crises illustrent la stratégie visant à obtenir la victoire à tout prix sur les terroristes et les terribles conséquences pour les otages qui ne sont pas pris en compte dans le choix des moyens déployés par les autorités négociatrices.

À Bogota, la prise d’otage du palais de Justice les 6 et 7 novembre 1985 par des membres du mouvement du 19 avril (M-19) constitue le chapitre le plus sombre de l’histoire colombienne et la réponse de l’armée nationale reste dans les mémoires comme « l’holocauste » . Les trente cinq guerilleros du M-19 retinrent 350 personnes en otage dont 11 des 25 juges de la cour suprême colombienne durant près de vingt-huit heures. L’impact médiatique fut retentissant, la réponse de l’armée tout autant. L’assaut de cette dernière eu lieu le lendemain, engageant tous les moyens disponibles et au mépris le plus absolu de la vie des otages, jusqu’à l’incendie total du bâtiment. On peut observer, sur les images d’archives notamment, un char d’assaut de l’armée tirer dans le bâtiment à travers la porte. Près de 100 personnes y trouvèrent la mort y compris 33 des 35 guerilleros et 11 magistrats. Au surplus, au moins dix personnes disparurent après avoir été arrêtées par l’armée. Une commission pour la vérité fut mise en place et les procès s’étalèrent sur plus de vingt ans. La commission dans son rapport final de 2010 explique que « les 6 et 7 novembre 1985, la Colombie a renoncé au dialogue et a laissé les armes, dans un échange féroce et irrationnel, remplacer l’État de droit et les valeurs citoyennes essentielles » . Les otages furent considérés comme quantité négligeable.

Par ailleurs la récente crise d’In Amenas en Algérie en 2012 vient confirmer cette tendance à la primauté de la neutralisation des terroristes sur la vie des otages. Alors que les terroristes entament des négociations, les autorités algériennes ne leurs proposent que la reddition ou la mort. Elles n’hésiteront pas à pulvériser au missile un convoi de terroristes qui tentait de regagner l’usine en sachant parfaitement que des otages servaient de boucliers humains au convoi. 33 otages y perdirent la vie. L’assaut final de l’armée algérienne le samedi 19 janvier sur les 11 derniers djihadistes retenant encore 7 otages étrangers finit dans un bain de sang, tous les otages furent exécutés et où l’armée tua tous les preneurs d’otages. Si on ne peut reprocher aux autorités algériennes de ne pas accorder plus de considération pour les otages étrangers que pour les otages algériens, manifestement ces otages n’étaient pas la priorité. La vraie priorité étant probablement de maintenir une attitude extrêmement ferme face au terrorisme, quitte à ne laisser aucune place à la négociation.

Cette tendance des États autoritaires à privilégier la neutralisation des preneurs d’otages par rapport à la survie des otages est également prégnante en étudiant deux des prises d’otages dont fut victime la Russie au début du XXIème siècle.

B) Une réponse russe implacable contre les prises d’otages indépendantistes

En 2002 et en 2004 deux prises d’otages majeures impliquant l’armée russe viennent démontrer le même manque de considération pour la vie des otages. Au théâtre du Nord-Ost tout d’abord où 40 tchétchènes prirent en otage près de 850 spectateurs le 23 Octobre 2002 . Après 55 heures de siège et bien que rien ne laissait à penser que les preneurs d’otages aient exécuté quiconque (exception faite des tentatives d’intrusion dans le théâtre ou de fuite) les forces spéciales russes donnèrent l’assaut. L’armée russe fit usage d’un gaz narcotique jamais testé en situation réelle sur 900 personnes affaiblies par trois jours de siège alors que la situation ne s’était pas réellement détériorée . Alors qu’à la vue du gaz ils ne pouvaient ignorer l’imminence de cet assaut, les Tchétchènes ne s’en prirent pas aux otages, n’actionnèrent pas leurs ceintures d’explosifs et se contentèrent de tirer sur les fenêtres pour ventiler la pièce avant de s’allonger au sol. Une dizaine de minutes plus tard, otages et terroristes étaient tous inconscients. Les forces spéciales russes laissèrent pourtant s’écouler près de trente minutes avant de donner l’assaut et d’abattre tous les terroristes. Une partie non négligeable des otages décédèrent in fine du manque évident de préparation des secours .
Vladimir Poutine argua tout au long des événements que l’objectif de l’opération de sauvetage était de ‘prévenir l’érosion du prestige de la Russie sur la scène internationale’ . Cela ne laisse pas à penser que la vie des otages ait été la priorité de cette mission .

Le manque de considération portée aux vies des otages par les autorités russes est d’autant plus flagrant à la lumière du précédent de 1996-1997 lors d’une prise d’otage au Pérou où l’usage d’un gaz narcotique avait déjà été envisagé. Les autorités russes n’auraient donc jamais du envisager le déploiement de moins de 2 000 médecins pour près de 900 otages si ils désiraient recourir à un dérivé du Fentanyl et maximiser les chances de survie des otages. Le temps étant par ailleurs capital, il fallait également permettre l’accès des médecins aux victimes dans les minutes qui suivirent l’usage du gaz or il s’écoule plusieurs dizaines de minutes rien qu’entre l’usage du gaz et le début de l’assaut .

Deux ans plus tard, la crise de Beslan, où l’assaut mené par les forces russes conduisit à la mort de 344 otages dont 186 enfants, renforce l’idée que pour les autorités russes, la vie des otages passe après la neutralisation des terroristes. Entre les otages qui périrent sous le feu croisé des terroristes et des forces spéciales et ceux qui perdirent la vie lorsque le plafond du gymnase où ils étaient retenus s’effondra, le sauvetage fut une catastrophe où rien ne permet de penser que la vie des otages ait été une priorité. Les forces spéciales utilisèrent notamment des tanks, des lance-grenades et des lance-flammes pour mener l’opération de sauvetage des otages ce qui vient confirmer cette présomption.

S’il existe une indéniable tendance pour les États autoritaires à gérer la prise d’otage de façon à mettre en avant la fermeté de l’appareil étatique face au terrorisme, quitte à mettre en danger les otages, force est de constater que malgré leur apparente intransigeance les États démocratiques tendent à prendre en compte et protéger d’avantage les otages.

II. L’otage au centre de la stratégie de lutte antiterroriste des États démocratiques.


Les États démocratiques occidentaux ont été relativement épargnés par ce type d’action coup de poing comparé aux nombreuses crises qui ont frappé nombre d’Etats autoritaires ou de pays en développement. Néanmoins, l’année 2015 qui a vu deux prises d’otages la même année sur le sol français (à L’Hyper cacher de la porte de Vincennes et au Bataclan) marque un tournant et laisse à craindre le possible accroissement de ce type d’actions en occident. Si par définition presque toutes les prises d’otages de masse tombent dans le champ du terrorisme tel que défini par le Conseil de Sécurité de l’ONU dans les faits leurs motivations permettent de distinguer en Europe deux tendances différentes. On observe ainsi une évolution notable de la prise d’otages de masse en occident entre un XXème siècle marqué par les revendications politiques (indépendance, échanges de prisonniers etc.) de ce type d’actions qui laissent place au XXIème siècle à une volonté de soumettre et conquérir (via le jihad par exemple).

A) Prises d’otages politiques et relative sanctuarisation de l’otage

Trois grandes prises d’otages du XXème siècle méritent d’être mentionnées pour leur impact notable sur l’évolution de la réponse antiterroriste en Europe. Ces prises d’otages ont toutes trois tenté de servir des objectifs principalement politiques et à ce titre les otages y sont vraiment vus comme une monnaie d’échange de valeur du point de vue des preneurs d’otages. Ce type de crises sert des revendications pratiquement inacceptables par l’État et les chances de résolution pacifique sont faibles.

Tout d’abord il faut mentionner la prise en otages des 11 athlètes israéliens au cœur du village olympique de Munich les 5 et 6 septembre 1972 par le commando palestinien de Septembre Noir visant à obtenir la libération de 236 activistes palestiniens. Un très grand nombre de facteurs conduisirent à la catastrophe avec la perte finale de l’ensemble des vies israéliennes, et la mort de la plupart des preneurs d’otages. Néanmoins plusieurs leçons se dégagent de ce drame avec tout d’abord le refus absolu des autorités israélienne de négocier sur des bases politiques avec les terroristes ce qui demeure la norme aujourd’hui. Ensuite, le fiasco total de l’opération de secours menée par la police allemande conduisit à la création partout en Europe d’unités de police antiterroriste entrainées et équipées pour gérer ce type de crises. De plus, la gestion catastrophique des média internationaux qui filmèrent les évènements en direct permettant aux terroristes de voir l’assaut venir sur la télévision de la chambre où ils s’étaient retranchés fut analysée partout en Europe afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Enfin, la libération rapide des trois terroristes survivants de Munich le 29 octobre 1972 lors du détournement du vol 615 de la Lufthansa fut probablement permise afin de clore l’affaire et d’éviter le procès public de ces terroristes qui aurait immanquablement nécessité une enquête approfondie sur la réponse apportée par la police allemande, ce que le gouvernement allemand a toujours refusé de faire publiquement. On peut s’interroger à ce titre si cela n’explique pas en partie pourquoi les preneurs d’otages sont si rarement capturés vivants, peut-être afin d’éviter de leur offrir un tribune ou que d’autres actions ne soient menées pour les libérer.
Il convient ensuite de mentionner l’opération Nimrod et l’Assaut du vol AF8969 qui illustrent tous deux l’adaptation rapide des unités de police antiterroristes et leur capacité à protéger les otages au cours des assaut visant à mettre un terme à ces deux crises.
L’opération Nimrod fit suite à la prise d’otage de l’ambassade iranienne à Londres entre le 30 avril et le 5 mai 1980. Six preneurs d’otages retinrent 26 personnes au sein de l’ambassade, dont cinq qui furent relâchées après négociations avec les autorités britanniques. Ils militaient pour la souveraineté du Khûzistân, une province iranienne et souhaitaient également la libération de prisonniers arabes. Le siège s’est enlisé pendant six jours jusqu’à ce que les terroristes impatients exécutent un otage avant de jeter son cadavre hors de l’ambassade. Le gouvernement de Margaret Thatcher décida alors d’envoyer le Special Air Service, une unité spéciale de l’armée britannique, qui mena un assaut spectaculaire avec une équipe au sol et une équipe en rappel sur la façade de l’ambassade devant les caméras du monde entier. Un otage et cinq terroristes perdirent la vie, le dernier terroriste fut arrêté. Cette crise fit la renommée du SAS britannique et démontre qu’avec des professionnels entrainés et la motivation adéquate il est possible de maximiser les chances de survie des otages, quitte à laisser perdurer la situation tant que leurs vies ne sont pas menacées.
Enfin l’assaut sur le vol AF8969 le 26 décembre 1994 par le GIGN démontre à nouveau que des professionnels entrainés peuvent sauver l’intégralité des otages d’une situation pratiquement impossible (quatre terroristes dans l’habitacle d’un avion rempli de passagers).

On constate ainsi que les otages ont été relativement épargnés jusqu’au dénouement de toutes ces crises, et que les moyens mis en œuvre par les forces de police après le massacre de Munich ont permis de sauver à chaque fois la quasi totalité des otages. Pour autant si les motivations derrière ces actions ont évoluées au XXIème siècle, les prises d’otages sur le sol occidental de l’année 2015 portent un bilan en demi-teinte. En effet, de l’Hyper Cacher au Bataclan les pertes du coté des otages ont été particulièrement lourdes. Et la gestion de ces crises par les autorités françaises n’est pas nécessairement exempte de tout reproche.

B) Prises d’otages terroristes et désacralisation absolue de l’otage

Il faut reconnaître qu’à l’inverse des prises d’otages politiques précédemment étudiées, celles de 2015 ont vu des terroristes décidés à mourir et avec qui la négociation était pratiquement impossible. A contrario, les crises évoquées précédemment par cet article ont toute eu des phases réelles de négociation aboutissant souvent à la libération pacifique d’une partie des otages. Ces nouvelles motivations derrière la prise d’otage ne visent qu’à servir un but : inquiéter voire terroriser la population victime en maximisant l’impact de l’action via les media. Pour parvenir à ces fins, les otages sont vus non plus comme une monnaie d’échange pour obtenir un avantage politique mais comme un consommable dont l’exécution brutale et si possible spectaculaire permettra de répandre la terreur. Ces nouvelles prises d’otages emportent la volonté des deux parties d’obtenir une victoire totale sur la partie adverse, à n’importe quel prix, et ne laissent pratiquement aucune place à la négociation.
Cette tendance viendrait infirmer (pour le cas des prises d’otages de masse) l’idée développée par Arnaud de Coupigny selon laquelle « une grande majorité de prises d’otages continuent de s’achever par un accord. » et renforcer son postulat selon lequel la désacralisation de l’homme au XXème siècle conduit au meurtre de l’otage , une constante de plus en plus observable au XXIème siècle.
La prise d’otage de l’hyper cacher de la porte de Vincennes par Amedy Coulibaly est unique en son genre au sens où elle est motivée par un autre siège en cours, celui des frères Kouachi, cernés par le GIGN à Dammartin-en-Goëlle. Coulibaly qui a tué 3 otages dès son entrée dans le magasin en tue un quatrième qui essaye d’utiliser contre lui une des ses armes enrayée qu’il avait laissée sur un carton. Il n’en tuera pas d’autre mais menace de tous les tuer si les frères Kouachi ne sont pas laissés libres. La sortie de ces derniers qui trouvent la mort face au GIGN à Dammartin précipite l’assaut du Raid et de la BRI face à Coulibaly. On observe là un glissement intéressant néanmoins, là où les preneurs d’otages du XXème siècle demandaient souvent à parler au préfet, à un ministre ou au président de la république, Coulibaly lui voulait s’adresser aux média, à BFMtv. La gestion des media est d’ailleurs le plus gros point de reproches adressés aux autorités françaises. On retrouve ici l’idée développée il y a plus de cinquante ans par Raymond Aron, les groupes terroristes dans leur utilisation des médias recherchent « un impact psychologique, hors de proportion avec les effets physiques produits et les moyens utilisés » . C’est là une différence nette entre démocraties et États autoritaires, les premiers doivent composer avec la liberté de la presse les seconds peuvent s’en passer (comme lors de la crise d’In Amenas par exemple).

Le 13 Novembre 2015, en parallèle aux multiples fusillades dans Paris, trois hommes armés pénétrèrent dans le Bataclan et prirent en otage les spectateurs d’un concert des Eagles of Death Metal. Il ne s’agit plus vraiment ici de viser une frange de la population française mais bien de frapper les esprits et cette population dans son ensemble. Si les otages ne furent pas réellement vus comme une monnaie d’échange, les discussions ayant eu lieu entre les terroristes et les victimes ainsi que les échanges téléphoniques avec le négociateur du Raid permettent d’accréditer la thèse de la prise d’otages. Au Bataclan, le but des terroristes était de tuer un maximum d’otages avant l’arrivée des forces de l’ordre puis de mourir en martyrs.. Si Al-Moqrin prescrivait en effet aux membres d’Al-Qaïda d’exécuter progressivement les otages si le siège dure les terroristes de Daesh n’en tiennent plus compte. Dorénavant le siège commence par l’exécution immédiate des otages ce qui est en opposition complète avec « les principes de distinction, de proportionnalité, de loyauté et d’humanité » du jus in bello islamique.

C’est ce glissement dans une violence aveugle et absurde et le choc émotionnel qu’il produit qui pousse l’État de droit dans ses derniers retranchements. De facto, tous les terroristes du 13 novembre 2015 ont été abattus ou se sont suicidés. Quelques jours plus tard à Saint Denis le Raid a mené un assaut extrêmement violent contre un appartement abritant des personnes soupçonnées de complicité de terrorisme en lien avec ces attaques. Il est nécessaire de s’interroger si de tels moyens pourraient être déployés à l’avenir en présence d’otages car de nombreuses zones d’ombres entourent toujours cette intervention . S’il est évident que les preneurs d’otages de l’année 2015 se sont radicalisés dans leurs méthodes et dans leur violence, il est néanmoins permis de s’interroger sur la proportionnalité de la réaction des autorités dans leur lutte contre le terrorisme au travers des moyens qu’elles engagent et des buts qu’elles poursuivent. A fortiori si les Etats occidentaux traitent désormais ces prises d’otages comme des tueries de masse, où « plus la police intervient vite, moins le nombre de victimes a de chances d’être élevé » selon Olivier Hassid et Julien Marcel, il semble légitime de se demander si ces moyens extrêmement violents ne risquent pas de finir un jour par s’appliquer systématiquement à toutes les prises d’otages en occident. Cela mépriserait les différences fondamentales qui peuvent les caractériser et accroitrait drastiquement le nombre de victimes collatérales.

Conclusion

Il apparaît clairement que les États refusent de façon quasi systématique de céder aux demandes politiques et a fortiori aux demandes terroristes. Cependant, l’otage qui est dans une position naturelle d’extrême précarité est bien d’avantage en danger si les demandes des preneurs d’otages sont de nature terroriste que si elles sont plutôt de nature politique. A fortiori cette précarité est encore accrue si l’État visé par la prise d’otages n’a que peu de comptes à rendre à son opinion publique au travers d’un régime autoritaire. A contrario les États démocratiques tendent à tout faire pour préserver la vie des otages. Il faut toutefois s’interroger sur les effets d’une tolérance accrue par l’opinion publique de moyens hyper violents pour lutter contre le terrorisme et les risques décuplés que pourraient courir les otages de demain si ce type de moyens se généralise.
En effet, les faits observés depuis les attaques du 13 novembre 2015 et la prise d’otage du Bataclan permettent hélas déjà de douter de « la stricte observance des canons de l’État de droit » pourtant décrite par Floran Vadillo comme condition sine qua non à la survie de la démocratie dans sa lutte contre le terrorisme.
Il est important de s’assurer que la survie des otages demeure bien la priorité numéro une des autorités et que celle-ci seront capable de combattre le terrorisme sans s’affranchir des règles de l’État de droit. En effet à trop repousser les limites de l’acceptable on en vient à accepter l’inacceptable et nul doute que personne ne souhaite voir un jour l’État français recourir aux méthodes algériennes ou russes pour « protéger » ses ressortissants pris en otage. Au vu de la recrudescence de ce type de prises d’otages et de la détermination des preneurs d’otages à mourir en martyrs, il est permis de douter de l’efficacité de l’hyper violence comme arme de dissuasion contre les futurs preneurs d’otages. Si la démocratie soumise à l’odieux chantage de la prise d’otages terroriste ne doit pas succomber à la peur, elle ne doit pas non plus succomber à l’excès inverse : la haine.Les prises d’otage sont considérées, partout dans le monde, comme un des crimes les plus abjects qui soient car elles exploitent la plus grande faiblesse de l’être humain : son besoin des autres, le lien émotionnel qu’il entretient avec ses semblables. Sans surprise, c’est devenue depuis cinquante ans le modus operandi le plus prisé du terrorisme international pour l’effroi qu’il suscite et la couverture médiatique sans commune mesure dont bénéficie ce type d’incidents. Pour autant force est de constater que les chances de survie de l’otage sont souvent conditionnées, en sus des motivations des preneurs d’otages, par celles de la puissance publique en charge de la crise. Il semble que plus le poids de l’opinion publique est important et plus l’otage sera pris en compte par les autorités. Arnaud Emery, doctorant en droit à l’Université Jean Moulin Lyon III explore ainsi, au travers d’exemples concrets, la  dichotomie nette entre les doctrines appliquées par les États autoritaires et celles appliquées par les États démocratiques dans la résolution des prises d’otages de type siège. L’auteur s’attarde également sur le risque de sur réaction des États démocratiques pouvant mettre à mal l’État de droit et dégrader la trop faible protection des otages.

Prévenir les attentats, c'est la mission d'Anticip, entreprise française de sécurité et de défense. La société est devenue un acteur majeur de la sécurité privée en Irak.  

C'est n'est pas tant le bilan élevé du carnage commis dimanche 3 juillet à Bagdad que l'incapacité chronique du gouvernement à prévenir les attentats terroristes qui suscite la colère dans la capitale de l'Irak. Même si les forces gouvernementales ont enregistré de récentes victoires contre les djihadistes, Daech frappe quotidiennement des cibles civiles. Et ce ne sont pas les dernières annonces du Premier ministre Haïder al-Abadi, promettant le déploiement d'un dispositif pour contrôler plus efficacement les véhicules à toutes les entrées de Bagdad, qui réconfortent les Bagdadis. « Les tactiques (de Daech) évoluent. Pourquoi le gouvernement garde-t-il la même stratégie ? », s'interrogeait un Irakien en faisant référence aux « stupides checkpoints ».

« À Bagdad, il y a tellement de circulation et de véhicules à vérifier ! Et puis, il faut compter avec d'éventuelles complicités », tempère Cyrille Peguilhan de Sartoux, directeur général de l'entreprise française de services de sécurité et de défense (ESSD) Anticip. Il déplore l'absence de chiens spécialisés dans la recherche d'explosifs aux checkpoints et des contrôles policiers et militaires souvent laxistes.

« Ici, les attentats, on en compte entre deux et cinq chaque jour, avec une petite recrudescence depuis quelque temps. Tous ne sont pas aussi meurtriers. Mais c'est notre quotidien depuis huit ans », explique cet ancien du GIGN. Sa société Anticip est forte de 950 agents de sécurité (dont 150 expatriés) et de 400 véhicules blindés. Elle est devenue l'un des acteurs majeurs de la sécurité privée en Irak, en prenant le contrôle de deux sociétés de sécurité du groupe Harlow en début d'année.

« Cette recrudescence n'a pas nécessité de renforcement majeur de nos dispositifs d'escorte. Jamais moins de deux véhicules, toujours un potentiel d'extraction en cas de panne ou de crise, mais désormais des reconnaissances d'itinéraires plus poussées, et moins de temps passé au même endroit... », explique Cyrille Peguilhan de Sartoux. « Notre activité reste très localisée à la capitale. Certes, on peut aller sans souci dans l'Est et le Sud, à Bassorah par exemple où nous disposons d'une succursale, mais nous n'allons plus dans l'Ouest et le Nord où les combats font rage. »

L'expérience de l'ESSD française dans un Irak à hauts risques incite ses dirigeants à se déployer en Libye, dans le cadre d'une coentreprise. Anticip pourrait, là aussi, effectuer des gardes statiques, fournir des escortes, déployer des chiens, assurer une veille sécuritaire et offrir des chambres sécurisées à ses clients de passage, comme à Bagdad. Philippe CHAPLEAU.

Le mode opératoire des cellules terroristes change et les hôtels sont désormais des cibles privilégiées. Ces attentats doivent-ils faire craindre aux voyageurs d’affaires tout déplacement dans des hôtels situés en Afrique ou au Moyen-Orient ? Comment les responsables Sûreté et les Travel Managers peuvent-ils inclure la sûreté des hôtels dans leur politique voyage ?

L’offre d’audit de sûreté hôtelière ANTICIP s’adresse à toutes les entreprises qui ont des collaborateurs en mobilité internationale (voyageurs d’affaires, expatriés), notamment dans des pays à risques. « Les hôtels et les resorts sont à la fois des cibles de haute valeur et des cibles faciles pour le terrorisme. Les audits de sûreté ANTICIP permettent aux responsables Sûreté des entreprises de situer le niveau de sûreté des établissements qu’ils fréquentent sur une échelle élaborée par des spécialistes », déclare Cyrille Peguilhan de Sartoux, directeur général, ancien membre du GIGN, et co-fondateur d’ANTICIP. « La richesse de notre matrice d’évaluation des risques et l’expérience des audits hôteliers que nous avons acquise auprès des grands noms de l’hôtellerie situés en zones sensibles font de notre offre un standard pour la communauté des voyageurs d’affaires ».

Identifier et analyser les risques

L’objectif de l’audit de sûreté hôtelière ANTICIP est d’identifier et d’analyser des risques résiduels de chaque hôtel en fonction de l’organisation sécurité, des dispositifs de prévention et de protection mis en place localement. Chaque hôtel reçoit ensuite une note qui permet d’établir un classement parmi les hôtels audités dans la même ville. Il s’agit ainsi d’une aide concrète au choix de l’hôtel pour une destination donnée.

Chaque hôtel est passé au crible selon une méthode éprouvée, avec une matrice de plus de 70 critères évalués sur 5 niveaux, développés par la direction des Opérations d’ANTICIP, forte de 10 années d’expérience en sûreté dans des zones hostiles.

L’accès à la base de données des hôtels déjà audités est possible via Internet, avec un abonnement annuel. Les hôtels qui ne figurent pas dans cette base sont audités sur demande, à un tarif négocié en fonction du nombre d’établissements.

Lire le communiqué de Pagtour.net : Les hôtels les plus sûrs pour les voyageurs d'affaires
Selon le baromètre 2016 de l'EVP, la priorité numéro 1 des entreprises est la sécurité des voyageurs d'affaires. Mais les responsables Sûreté et les Travel Managers peuvent rencontrer des difficultés à déterminer la sécurité d'un hôtel situé en Afrique ou au Moyen-Orient, pourtant devenus des cibles privilégiées des cellules terroristes. L'entreprise Anticip a réalisé un audit de sûreté hôtelière.

Anticip, Entreprise de Services de Sûreté et de Défense (ESSD) spécialisée dans la prévention et la gestion des risques Sûreté à l'international, propose aux entreprises de réaliser un Audit de sûreté hôtelière, notamment dans des pays à risques. "Les hôtels et les resorts sont à la fois des cibles de haute valeur et des cibles faciles pour le terrorisme. Les audits de sûreté ANTICIP permettent aux responsables Sûreté des entreprises de situer le niveau de sûreté des établissements qu’ils fréquentent sur une échelle élaborée par des spécialistes", explique Cyrille Peguilhan de Sartoux, directeur général, ancien membre du GIGN, et co-fondateur d’Anticip.

Anticip précise que l’accès à la base de données des hôtels déjà audités est possible via Internet, avec un abonnement annuel. Elle ajoute "Les hôtels qui ne figurent pas dans cette base sont audités sur demande, à un tarif négocié en fonction du nombre d’établissements".

L’objectif de cet audit est d’identifier et d’analyser des risques résiduels de chaque établissement en fonction de l’organisation sécurité, des dispositifs de prévention et de protection mis en place localement. Chaque hôtel reçoit ensuite une note qui permet d’établir un classement parmi les hôtels audités dans la même ville.

Comment sont conduits les audits de sûreté hôtelière Anticip?
Chaque hôtel est passé au crible grâce à une matrice de 74 critères évalués sur 5 niveaux, développée par la direction des Opérations d’Anticip. La société étudie entre autres les vulnérabilités générales (distances, environnement, itinéraires, trafic, attractivité, architecture,...), les vulnérabilités techniques (distance de sécurité, végétation, éclairage, contrôle des flux, caméras...) ou encore les vulnérabilités humaines (gardiennage, renforts armés, organisation, formation,...).

Lire le communiqué de Déplacements Pros : La sécurité des hôtels passée au crible
« On ne quitte jamais le Groupe », annonce clairement Arnaud Kremer, fondateur de la PME Iremos, spécialiste de la sûreté et de la gestion de crise. Le « Groupe » dont il parle, et qui l'a marqué à vie, c'est le GIGN : le Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale. La force spéciale créée au début des années 70 pour répondre à la multiplication des prises d'otages dans une époque troublée, en France et en Europe : prison de Clairvaux en 1971, jeux olympiques de Munich en 1972, Brigades rouges en Italie, RAF en Allemagne... Une unité d'élite à la sélection drastique, à la discipline martiale, qui sécrète un esprit de corps inoxydable.

Cyrille Peguilhan GIGNIl faut pourtant bien en partir un jour, et donc s'y préparer, en capitalisant sur des compétences et une expérience rares, avant de toucher la limite d'âge, fixée à 47 ans. Pour Arnaud Kremer, le saut dans une nouvelle vie professionnelle s'est effectué dans un contexte très porteur. La sécurité a le vent en poupe. Avec les attentats de janvier 2015 puis le carnage du 13 novembre, « les grandes entreprises ont pris conscience qu'il fallait faire quelque chose » pour la sûreté de leurs dirigeants, de leurs installations et des personnels, explique Cyrille Peguilhan, ancien du GIGN et fondateur d'Anticip, spécialisé dans la lutte contre le piratage, la malveillance, les attentats.

Jusqu'à récemment, ces entreprises ultraspécialisées traitaient avec les responsables de la sécurité de leurs clients. « Aujourd'hui, on est reçu par les directions générales, les patrons, enchaîne ce grand gaillard quinquagénaire. Avant 2015, ces problématiques étaient considérées uniquement comme des centres de coût par les entreprises. En période de vaches maigres, c'était la première ligne de dépenses à être effacée. » Tout a changé en moins d'un an. « Les budgets se débloquent beaucoup plus vite », se réjouit Arnaud Kremer, qui vient de remporter des contrats pour améliorer la sûreté d'une trentaine de cibles dites « molles » : des centres commerciaux, des salles de spectacle et des hôtels, en France et en Europe. Iremos a vu son chiffre d'affaires en France s'envoler de plus de 30% en 2015, soit environ 500 000 euros de plus qu'en 2014.

Aujourd'hui, le marché s'étend bien au-delà des clients traditionnels comme Total ou Thales, jusqu'à des sociétés qui ne ressentaient pas, avant, la nécessité de se protéger. Des PME en région, par exemple. Souvent, ce sont les employés qui poussent leur direction à se saisir du sujet. « Le directeur général d'une PME de l'agroalimentaire est venu nous voir suite à une demande expresse de deux de ses cadres français expatriés, l'un à Singapour, l'autre en Algérie », raconte Arnaud Kremer. « Nous avons pris la mesure des changements à l'oeuvre dans le monde et donc de la vigilance accrue qu'il convient de mettre en place », confirme Lucile Kirszbaum, responsable de la mobilité internationale chez Imerys (extraction et transformation des minéraux), l'un des clients d'Iremos.

Elancé, imposant, le regard acéré, des faux airs de Yul Brynner et, surtout, une tête très bien faite, Frédéric Gallois, le légendaire commandant du GIGN entre 2002 et 2007, se félicite de ces nouveaux débouchés. « Jusqu'ici, il y avait une forme de gâchis des compétences techniques des anciens du Groupe. Les attentats ont montré combien nous pouvons être utiles aux entreprises », indique-t-il. Avec sa société LVP (Luxe, Valeurs & Protection), il répond à de nombreuses demandes de protection personnelle pour des patrons du CAC 40. « On est capable d'assurer la tranquillité des dirigeants d'entreprise, mais pas seulement, dit-il. Après le 13 novembre, il est apparu évident que tout le monde est une cible potentielle. On est en mesure d'élaborer des plans de mise en sécurité des sites et des personnels face à la menace terroriste. » A Genève, Philip Morris a fait appel à lui pour redéfinir le plan de protection de son siège et l'a fait savoir à ses employés. De la sûreté comme outil de communication interne. « On fait des audits pour des universités, des grandes écoles dont la population est à risque », complète-t-il.

De la prise d'otages au conflit social

Même l'activité traditionnelle de transport de fonds est en train de changer. Les sociétés qui doivent convoyer des matières sensibles comme des médicaments rares, le ministère de la Justice qui transfère des scellés, des personnes fortunées qui déplacent des valeurs (tableaux, bijoux) ou encore des grands magasins qui envoient du liquide à leur banque, font appel à LVP. « Nous travaillons dans la plus grande discrétion, comme en milieu hostile. Nous utilisons les camouflages, nous pratiquons les changements d'horaire et de parcours. » Pas de gardes armés jusqu'aux dents ou de cowboys ombrageux, donc. « Les entreprises fuient les actions anxiogènes. Elles ne veulent pas rajouter à l'ambiance de plomb actuelle », explique Frédéric Gallois.

Les anciens du GIGN débordent parfois de leur strict domaine de compétence. Et s'aventurent jusque dans la résolution des conflits sociaux. C'est le cas de Vincent François, consultant en communication de crise, fondateur de la société Sémio-Nego et ancien négociateur du Groupe. Il est intervenu dans les moments les plus difficiles du conflit chez Goodyear Amiens en apportant ses conseils au DRH. Chargé de former les cadres aux discussions dans des conditions extrêmes, Vincent François leur a appris à être « authentiques » en toutes circonstances, car leurs interlocuteurs savent reconnaître les comportements « construits ». Et, surtout, à maîtriser leurs émotions. Quitte à reculer lorsque la situation l'exige. Le formateur peut se prévaloir d'un véritable coup d'éclat : c'est lui qui a traité avec les pirates qui, en 2008, ont attaqué Le Ponant, un voilier de croisière de la Compagnie du Ponant qui naviguait dans le golfe d'Aden. Une des actions les plus délicates et les plus longues de l'histoire du GIGN. Au bout d'une semaine, les 30 otages ont été libérés contre une rançon de 2,15 millions de dollars, déboursée par le propriétaire du navire, la CMA CGM.

De plus en plus, les entreprises choisissent d'internaliser l'expertise des anciens du GIGN. On en trouve chez Lagardère, Total, Air France, LVMH, Kering, L'Oréal, Sanofi, au marché de Rungis ou encore chez les Rothschild - la liste est loin d'être exhaustive. Fabien Rognon a été recruté, l'été dernier, pour se charger de la sûreté à l'international de la Société Générale. Réservé, posé, concentré, aux propos pesés, ce lieutenant-colonel en disponibilité de la gendarmerie nationale passe en revue les filiales de la banque française dans les pays à risque. Le danger, il connaît bien. Son dernier fait d'armes au sein du GIGN : la neutralisation des frères Kouachi, dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, le matin du 9 janvier 2015. Trois ans auparavant, il a eu l'occasion de mettre sa résistance au stress à l'épreuve au Mali :« Lors d'un déplacement de l'ambassadeur, j'étais dans le véhicule de tête, en reconnaissance. A un barrage établi par des miliciens, je suis descendu de la voiture pour discuter du passage du convoi, mais on m'a aussitôt tiré dessus. J'ai gardé mon sang-froid et j'ai négocié avec ces hommes armés et passablement excités. Les tractations ont abouti malgré le climat très tendu. Aujourd'hui, je sais mesurer la prise de risque ».

Son cas est représentatif : c'est à l'étranger que la demande augmente le plus fortement. De nombreux ex-GIGN s'installent, du coup, hors des frontières de l'Hexagone. L'un d'eux sécurise un grand hôtel propriété de la famille royale marocaine. Anticip, « le Hermès de la sécurité » selon ses adeptes, n'emploie pas moins de 750 spécialistes en Irak, dont 60 expatriés, anglo-saxons dans leur grande majorité, formés par Cyrille Peguilhan lui-même. La société est aussi active en Libye, au Nigeria et en Birmanie. La palette de ses services va de l'escorte armée à l'évaluation des risques, en passant par l'assistance psychologique aux expatriés et à leurs familles. Avec son entreprise Gallice Security, basée en Irlande, le lieutenant-colonel Antony Couzian-Marchand travaille, lui, surtout avec des gouvernements africains : le Gabon, le Nigeria, le Togo, le Bénin, l'Algérie, l'Egypte, la Somalie, la République centrafricaine et Madagascar, où il a restructuré la garde côtière.

Quand le besoin d'action est le plus fort

A l'aise avec les hommes d'Etat, Antony Couzian-Marchand détonne parmi ses anciens camarades. Grande gueule sympathique, visionnaire idéaliste, bouillonnant d'idées et de projets souvent anticonformistes, il a intégré en 2006 la Cour des comptes comme conseiller référendaire. En 2011, il a pris la direction de la campagne de Christine Boutin pour la présidentielle de l'année suivante. Si l'expérience politique d'Antony Couzian-Marchand s'est achevée sur une grande déception, son retour à la Cour des comptes a réussi. « J'ai appris énormément de choses. Mais la fonction publique n'a pas que des bons côtés », commente-t-il. Le besoin d'action, l'envie d'indépendance et d'émotions fortes ont repris le dessus. En 2013, le commandant en second du GIGN de l'ère Gallois reprend le large. Première mission avec Gallice Security : protéger la Coupe d'Afrique des nations de football.

La reconversion ne se fait jamais sans douleur. Antony Couzian-Marchand n'en fait pas mystère : « La distinction entre bons et méchants était très facile à établir quand nous étions au GIGN », rappelle-t-il. « Finalement, le milieu des affaires est plus dangereux. Nous qui étions formés pour l'offensive, nous nous retrouvons toujours sur la défensive dans la vie de l'entreprise, lui fait écho son ancien chef, Frédéric Gallois. Comparée à ce que nous vivions dans le Groupe, l'entreprise, c'est la jungle. Il y a beaucoup de mines qu'on ne peut détecter. On n'avance pas toujours en confiance. » Parfois, la déception est lourde à porter. Comme pour cet ancien GIGN recruté pour diriger une filiale importante d'un grand transporteur de fonds. Confronté aux petites misères de ses collègues, incapable de revêtir les habits de salarié, il a fait une dépression et finalement quitté la société. Même histoire pour cet autre gendarme, embauché par une entreprise américaine pour la conseiller dans la conception d'un nouveau véhicule blindé d'assaut. « Ils ont utilisé à fond ses conseils, ils ont profité de son expertise, puis l'ont jeté comme une vieille chaussette », déplore l'un de ses ex-camarades.

Car si ces anciens durs veulent bien s'adapter au « milieu civil », ils ne veulent sûrement pas renier les valeurs du GIGN, dont la devise est « S'engager pour la vie ». « Je dois tout au Groupe », résume Cyrille Peguilhan, qui avoue revenir en pèlerinage à Satory, le siège du Groupe, une fois par mois. Tous, sans exception, ne sont partis qu'à l'approche de la limite d'âge. Environ la moitié des membres du Groupe poursuit une carrière dans la gendarmerie. L'autre moitié, en revanche, craint de tomber dans la routine. « De retour dans la gendarmerie, je n'aurais pas eu l'opportunité de continuer à faire ce que j'aimais et ce que je sais faire : des audits de sûreté, de la protection », résume Fabien Rognon. Ceux qui créent leur entreprise autant que ceux qui sont recrutés par des sociétés veulent continuer à défendre les valeurs du Groupe. « On reste un pied dans notre monde. On cherche à reproduire les liens de fratrie qui se développent dans les situations d'extrême intensité », explique Frédéric Gallois. Mais les entreprises sont-elles prêtes à valoriser au mieux les qualités de ces hommes si singuliers ? Pas si sûr, même dans l'ambiance post-attentats. La différence de culture est parfois trop forte. Chiffrer les coûts des missions, couper les dépenses, minuter précisément les prestations, ce sont des contraintes difficiles à accepter quand seul comptait, avant, l'objectif - peu importaient les moyens mis en oeuvre.

L'autre écueil, c'est la solitude. Les anciens du GIGN vivaient comme en famille. Dans l'entreprise, difficile de se faire des amis. « Ce qui me manque le plus, c'est le commandement », souligne Fabien Rognon, seul à exercer sa mission à la Société Générale. Et il y a l'image déformée du GIGN, qui fait de ses membres des super-héros de bande dessinée. « Ce regard du civil me dérange parfois », avoue-t-il. Enfin, il y a la difficulté à s'adapter aux organisations complexes, truffées de directions et de sous-directions aux stratégies multiples et aux objectifs parfois contradictoires. Autant dire que la transition demande beaucoup d'énergie. Depuis deux ans, le commandant actuel, Hubert Bonneau, a fait de la reconversion une de ses priorités. Une tâche dont la difficulté n'a rien à envier à celle de ses missions traditionnelles...

Trois questions à Hubert Bonneau*

Que peuvent apporter vos hommes aux entreprises quand ils quittent le « Groupe » ?

Hubert Bonneau - : Nos hommes ont des qualités précieuses : ils savent s'adapter, faire groupe, agir ensemble et gérer le stress. Sans oublier leurs capacités techniques. Nous avons des ingénieurs, des analystes et des opérationnels de très haut niveau. Ils savent travailler dans des conditions difficiles en pleine autonomie et avec esprit d'initiative. Toujours disponibles, les anciens conservent nos valeurs chevillées au corps : « On sert le GIGN, on ne se sert pas du GIGN ».

Les accompagnez-vous vers la vie professionnelle civile ?

H. B. - : Bien sûr. Depuis 2007, un responsable des ressources humaines a pour mission de bien les préparer à la vie civile. Nous avons trois outils. Tout d'abord, le cercle des anciens. Des ex-membres du Groupe partagent avec les partants leur vision du monde de l'entreprise. Nous avons aussi deux « réservistes citoyens », des civils qui, par leur place et leur fonction, sont à même d'évaluer et d'orienter les membres du Groupe. Ils vont jusqu'à les aider à rédiger leur CV. Enfin, nous avons bâti un réseau de sociétés intéressées par nos hommes et certaines de nos prestations.

Vous travaillez en direct avec les entreprises ?

H. B. - : Oui. Nous avons déjà plus d'une dizaine de partenariats avec des grands groupes du transport, de la logistique, de la distribution et de l'aéronautique. Nos conventions portent sur la formation, le conseil et l'évaluation des risques. L'argent généré par ces partenariats sert au financement de nos installations. Par ailleurs, nous oeuvrons avec les sociétés qui ont créé le Cindex (Club inter-entreprises sur les stratégies et politiques de mobilité internationale), un lieu d'échanges sur les bonnes pratiques de l'expatriation.

* Commandant du GIGN depuis deux ans.


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