Prévenir les attentats, c'est la mission d'Anticip, entreprise française de sécurité et de défense. La société est devenue un acteur majeur de la sécurité privée en Irak.  

C'est n'est pas tant le bilan élevé du carnage commis dimanche 3 juillet à Bagdad que l'incapacité chronique du gouvernement à prévenir les attentats terroristes qui suscite la colère dans la capitale de l'Irak. Même si les forces gouvernementales ont enregistré de récentes victoires contre les djihadistes, Daech frappe quotidiennement des cibles civiles. Et ce ne sont pas les dernières annonces du Premier ministre Haïder al-Abadi, promettant le déploiement d'un dispositif pour contrôler plus efficacement les véhicules à toutes les entrées de Bagdad, qui réconfortent les Bagdadis. « Les tactiques (de Daech) évoluent. Pourquoi le gouvernement garde-t-il la même stratégie ? », s'interrogeait un Irakien en faisant référence aux « stupides checkpoints ».

« À Bagdad, il y a tellement de circulation et de véhicules à vérifier ! Et puis, il faut compter avec d'éventuelles complicités », tempère Cyrille Peguilhan de Sartoux, directeur général de l'entreprise française de services de sécurité et de défense (ESSD) Anticip. Il déplore l'absence de chiens spécialisés dans la recherche d'explosifs aux checkpoints et des contrôles policiers et militaires souvent laxistes.

« Ici, les attentats, on en compte entre deux et cinq chaque jour, avec une petite recrudescence depuis quelque temps. Tous ne sont pas aussi meurtriers. Mais c'est notre quotidien depuis huit ans », explique cet ancien du GIGN. Sa société Anticip est forte de 950 agents de sécurité (dont 150 expatriés) et de 400 véhicules blindés. Elle est devenue l'un des acteurs majeurs de la sécurité privée en Irak, en prenant le contrôle de deux sociétés de sécurité du groupe Harlow en début d'année.

« Cette recrudescence n'a pas nécessité de renforcement majeur de nos dispositifs d'escorte. Jamais moins de deux véhicules, toujours un potentiel d'extraction en cas de panne ou de crise, mais désormais des reconnaissances d'itinéraires plus poussées, et moins de temps passé au même endroit... », explique Cyrille Peguilhan de Sartoux. « Notre activité reste très localisée à la capitale. Certes, on peut aller sans souci dans l'Est et le Sud, à Bassorah par exemple où nous disposons d'une succursale, mais nous n'allons plus dans l'Ouest et le Nord où les combats font rage. »

L'expérience de l'ESSD française dans un Irak à hauts risques incite ses dirigeants à se déployer en Libye, dans le cadre d'une coentreprise. Anticip pourrait, là aussi, effectuer des gardes statiques, fournir des escortes, déployer des chiens, assurer une veille sécuritaire et offrir des chambres sécurisées à ses clients de passage, comme à Bagdad. Philippe CHAPLEAU.

Le mode opératoire des cellules terroristes change et les hôtels sont désormais des cibles privilégiées. Ces attentats doivent-ils faire craindre aux voyageurs d’affaires tout déplacement dans des hôtels situés en Afrique ou au Moyen-Orient ? Comment les responsables Sûreté et les Travel Managers peuvent-ils inclure la sûreté des hôtels dans leur politique voyage ?

L’offre d’audit de sûreté hôtelière ANTICIP s’adresse à toutes les entreprises qui ont des collaborateurs en mobilité internationale (voyageurs d’affaires, expatriés), notamment dans des pays à risques. « Les hôtels et les resorts sont à la fois des cibles de haute valeur et des cibles faciles pour le terrorisme. Les audits de sûreté ANTICIP permettent aux responsables Sûreté des entreprises de situer le niveau de sûreté des établissements qu’ils fréquentent sur une échelle élaborée par des spécialistes », déclare Cyrille Peguilhan de Sartoux, directeur général, ancien membre du GIGN, et co-fondateur d’ANTICIP. « La richesse de notre matrice d’évaluation des risques et l’expérience des audits hôteliers que nous avons acquise auprès des grands noms de l’hôtellerie situés en zones sensibles font de notre offre un standard pour la communauté des voyageurs d’affaires ».

Identifier et analyser les risques

L’objectif de l’audit de sûreté hôtelière ANTICIP est d’identifier et d’analyser des risques résiduels de chaque hôtel en fonction de l’organisation sécurité, des dispositifs de prévention et de protection mis en place localement. Chaque hôtel reçoit ensuite une note qui permet d’établir un classement parmi les hôtels audités dans la même ville. Il s’agit ainsi d’une aide concrète au choix de l’hôtel pour une destination donnée.

Chaque hôtel est passé au crible selon une méthode éprouvée, avec une matrice de plus de 70 critères évalués sur 5 niveaux, développés par la direction des Opérations d’ANTICIP, forte de 10 années d’expérience en sûreté dans des zones hostiles.

L’accès à la base de données des hôtels déjà audités est possible via Internet, avec un abonnement annuel. Les hôtels qui ne figurent pas dans cette base sont audités sur demande, à un tarif négocié en fonction du nombre d’établissements.

Lire le communiqué de Pagtour.net : Les hôtels les plus sûrs pour les voyageurs d'affaires
Selon le baromètre 2016 de l'EVP, la priorité numéro 1 des entreprises est la sécurité des voyageurs d'affaires. Mais les responsables Sûreté et les Travel Managers peuvent rencontrer des difficultés à déterminer la sécurité d'un hôtel situé en Afrique ou au Moyen-Orient, pourtant devenus des cibles privilégiées des cellules terroristes. L'entreprise Anticip a réalisé un audit de sûreté hôtelière.

Anticip, Entreprise de Services de Sûreté et de Défense (ESSD) spécialisée dans la prévention et la gestion des risques Sûreté à l'international, propose aux entreprises de réaliser un Audit de sûreté hôtelière, notamment dans des pays à risques. "Les hôtels et les resorts sont à la fois des cibles de haute valeur et des cibles faciles pour le terrorisme. Les audits de sûreté ANTICIP permettent aux responsables Sûreté des entreprises de situer le niveau de sûreté des établissements qu’ils fréquentent sur une échelle élaborée par des spécialistes", explique Cyrille Peguilhan de Sartoux, directeur général, ancien membre du GIGN, et co-fondateur d’Anticip.

Anticip précise que l’accès à la base de données des hôtels déjà audités est possible via Internet, avec un abonnement annuel. Elle ajoute "Les hôtels qui ne figurent pas dans cette base sont audités sur demande, à un tarif négocié en fonction du nombre d’établissements".

L’objectif de cet audit est d’identifier et d’analyser des risques résiduels de chaque établissement en fonction de l’organisation sécurité, des dispositifs de prévention et de protection mis en place localement. Chaque hôtel reçoit ensuite une note qui permet d’établir un classement parmi les hôtels audités dans la même ville.

Comment sont conduits les audits de sûreté hôtelière Anticip?
Chaque hôtel est passé au crible grâce à une matrice de 74 critères évalués sur 5 niveaux, développée par la direction des Opérations d’Anticip. La société étudie entre autres les vulnérabilités générales (distances, environnement, itinéraires, trafic, attractivité, architecture,...), les vulnérabilités techniques (distance de sécurité, végétation, éclairage, contrôle des flux, caméras...) ou encore les vulnérabilités humaines (gardiennage, renforts armés, organisation, formation,...).

Lire le communiqué de Déplacements Pros : La sécurité des hôtels passée au crible
Les milieux d'affaires s'inquiètent des récentes attaques terroristes contre les expatriés, notamment en Afrique de l'Ouest.

Le 15 janvier une attaque terroriste revendiquée par AQMI a touché le café pour expatriés Cappuccino près de l'hôtel Splendid à Ouagadougou au Burkina Faso. ( AFP / AHMED OUOBA / STR )
Trois employés de Scales, une société française de transports, sont morts dans les attentats de Ouagadougou il y a une semaine. Ces attaques jihadistes contre deux lieux très prisés des expatriés de la capitale du Burkina Faso, le Café Cappuccino et l'hôtel Splendid, avaient tué 30 personnes. En novembre au Mali, l'attaque de l'hôtel haut de gamme Radisson Blu de Bamako avait fait 20 morts.
Alors que les entreprises françaises se développent de plus en plus à l'étranger, le gouvernement a lancé depuis Paris jeudi 21 janvier un service spécifique pour améliorer la sécurité des salariés et des équipements, lors de la dixième rencontre sur la sécurité des entreprises françaises à l'étranger.
"On passe d'un monde au risque cartographiable à un monde où le risque est omniprésent", explique Jean Pautrot, président de la mobilité internationale du Cercle Magellan, un réseau d'entreprises partenaire du ministère des Affaires étrangères. "La préoccupation sécuritaire des entreprises est de plus en plus vive", renchérit un expert proche du monde économique. Et d'ajouter : "le monde a changé et il faut s'adapter à ces nouvelles exigences", notamment chez les PME pour lesquelles la prise de conscience des dangers encourus est récente.
Le ministère des Affaires étrangères a doté son site de conseils aux voyageurs d'un onglet spécifique aux entreprises. En plus des informations déjà disponibles sur les zones à éviter et les risques sanitaires, le portail web fournira des précisions sur les conditions d'obtention du visa d'affaires, la qualité des réseaux de télécommunication et des contacts utiles, comme les chambres de commerce françaises sur place. Ce service vient s'ajouter aux "fiches réflexes" rédigées par pays et type d'entreprise.
Par ailleurs, le Quai d'Orsay gère également la plate-forme, "Ariane", où les voyageurs, professionnels ou non, peuvent signaler leurs séjours à l'étranger. Près de 350.000 comptes ont été créés sur ce réseau.
Lors de cette rencontre, le ministère a aussi mis en avant son Centre de crise et de soutien (CDCS) qui assure la liaison avec les entreprises en cas de crise, comme lors de l'attaque de l'hôtel Radisson Blu à Bamako en novembre. "On a pu communiquer tous les numéros de chambres dans lesquelles il y avait des Français", une information précieuse avant l'intervention conjointe des forces maliennes et étrangères, explique Alain Juillet, président du Club des directeurs de sécurité des entreprises. "La liaison a vraiment été bonne", se réjouit Alain Juillet, dont l'organisation a servi, pendant cette crise, d'intermédiaire entre les entreprises et le gouvernement.
Les gendarmes français participent à l'enquête sur l'attaque de l'hôtel Radisson Blu
Les gendarmes français participent à l'enquête sur l'attaque de l'hôtel Radisson Blu de Bamako en novembre dernier. ( AFP / ISSOUF SANOGO / STF )
À côté de l’État, des sociétés privées ont aussi flairé le filon de la protection aux entreprises. "On assiste à une vraie prise de conscience des chefs d'entreprise", observe Laurent Bouly, directeur marketing d'Anticip, une société spécialisée dans les services de sécurité et de défense, qui compte comme clients des entreprises du CAC 40 et des PME.
"Il est important de connaître ses propres vulnérabilités, de mettre l'accent sur la formation et l'information, et de s'assurer du suivi de ceux-ci sur le terrain", recommande-t-il aux entreprises qui veulent s'installer en dehors de leurs frontières. Il cite plusieurs méthodes employées pour répondre aux nouveaux défis sécuritaires, comme le 'tracking' qui permet de "suivre l'employé, de savoir dans quelle chambre il dort, quel avion il prend...", poursuit-il.
Mais si les entreprises peuvent se renseigner auprès des services de l’État ou de sociétés privées, "en fin de compte, c'est le chef d'entreprise qui prend la décision seul" d'envoyer son personnel dans telle ou telle zone, assure Alain Juillet. "Les entreprises sont responsables juridiquement", poursuit-il. Il cite le cas du voyagiste Ultramarina, condamné par le tribunal de grande instance de Paris en 2006 à indemniser trois touristes français enlevés dans une île des Philippines lors d'un séjour organisé en 2000. Le tribunal avait reconnu que le professionnel avait "gravement manqué à son devoir d'information".
Thierry Dol, libéré il y a deux ans après avoir été otage pendant trois ans d'AQMI, a
Thierry Dol, libéré il y a deux ans après avoir été otage pendant trois ans d'AQMI, a porté plainte contre Areva et l'État français. ( AFP / NICOLAS DERNE )
L’ex-otage Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) Thierry Dol s'est récemment retourné contre son employeur Areva et contre l’État français. Ce salarié qui travaillait sur un site minier au Niger a déposé de deux plaintes, pour "mise en danger de la vie d’autrui" et "non assistance à personne en danger ".
« On ne quitte jamais le Groupe », annonce clairement Arnaud Kremer, fondateur de la PME Iremos, spécialiste de la sûreté et de la gestion de crise. Le « Groupe » dont il parle, et qui l'a marqué à vie, c'est le GIGN : le Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale. La force spéciale créée au début des années 70 pour répondre à la multiplication des prises d'otages dans une époque troublée, en France et en Europe : prison de Clairvaux en 1971, jeux olympiques de Munich en 1972, Brigades rouges en Italie, RAF en Allemagne... Une unité d'élite à la sélection drastique, à la discipline martiale, qui sécrète un esprit de corps inoxydable.

Cyrille Peguilhan GIGNIl faut pourtant bien en partir un jour, et donc s'y préparer, en capitalisant sur des compétences et une expérience rares, avant de toucher la limite d'âge, fixée à 47 ans. Pour Arnaud Kremer, le saut dans une nouvelle vie professionnelle s'est effectué dans un contexte très porteur. La sécurité a le vent en poupe. Avec les attentats de janvier 2015 puis le carnage du 13 novembre, « les grandes entreprises ont pris conscience qu'il fallait faire quelque chose » pour la sûreté de leurs dirigeants, de leurs installations et des personnels, explique Cyrille Peguilhan, ancien du GIGN et fondateur d'Anticip, spécialisé dans la lutte contre le piratage, la malveillance, les attentats.

Jusqu'à récemment, ces entreprises ultraspécialisées traitaient avec les responsables de la sécurité de leurs clients. « Aujourd'hui, on est reçu par les directions générales, les patrons, enchaîne ce grand gaillard quinquagénaire. Avant 2015, ces problématiques étaient considérées uniquement comme des centres de coût par les entreprises. En période de vaches maigres, c'était la première ligne de dépenses à être effacée. » Tout a changé en moins d'un an. « Les budgets se débloquent beaucoup plus vite », se réjouit Arnaud Kremer, qui vient de remporter des contrats pour améliorer la sûreté d'une trentaine de cibles dites « molles » : des centres commerciaux, des salles de spectacle et des hôtels, en France et en Europe. Iremos a vu son chiffre d'affaires en France s'envoler de plus de 30% en 2015, soit environ 500 000 euros de plus qu'en 2014.

Aujourd'hui, le marché s'étend bien au-delà des clients traditionnels comme Total ou Thales, jusqu'à des sociétés qui ne ressentaient pas, avant, la nécessité de se protéger. Des PME en région, par exemple. Souvent, ce sont les employés qui poussent leur direction à se saisir du sujet. « Le directeur général d'une PME de l'agroalimentaire est venu nous voir suite à une demande expresse de deux de ses cadres français expatriés, l'un à Singapour, l'autre en Algérie », raconte Arnaud Kremer. « Nous avons pris la mesure des changements à l'oeuvre dans le monde et donc de la vigilance accrue qu'il convient de mettre en place », confirme Lucile Kirszbaum, responsable de la mobilité internationale chez Imerys (extraction et transformation des minéraux), l'un des clients d'Iremos.

Elancé, imposant, le regard acéré, des faux airs de Yul Brynner et, surtout, une tête très bien faite, Frédéric Gallois, le légendaire commandant du GIGN entre 2002 et 2007, se félicite de ces nouveaux débouchés. « Jusqu'ici, il y avait une forme de gâchis des compétences techniques des anciens du Groupe. Les attentats ont montré combien nous pouvons être utiles aux entreprises », indique-t-il. Avec sa société LVP (Luxe, Valeurs & Protection), il répond à de nombreuses demandes de protection personnelle pour des patrons du CAC 40. « On est capable d'assurer la tranquillité des dirigeants d'entreprise, mais pas seulement, dit-il. Après le 13 novembre, il est apparu évident que tout le monde est une cible potentielle. On est en mesure d'élaborer des plans de mise en sécurité des sites et des personnels face à la menace terroriste. » A Genève, Philip Morris a fait appel à lui pour redéfinir le plan de protection de son siège et l'a fait savoir à ses employés. De la sûreté comme outil de communication interne. « On fait des audits pour des universités, des grandes écoles dont la population est à risque », complète-t-il.

De la prise d'otages au conflit social

Même l'activité traditionnelle de transport de fonds est en train de changer. Les sociétés qui doivent convoyer des matières sensibles comme des médicaments rares, le ministère de la Justice qui transfère des scellés, des personnes fortunées qui déplacent des valeurs (tableaux, bijoux) ou encore des grands magasins qui envoient du liquide à leur banque, font appel à LVP. « Nous travaillons dans la plus grande discrétion, comme en milieu hostile. Nous utilisons les camouflages, nous pratiquons les changements d'horaire et de parcours. » Pas de gardes armés jusqu'aux dents ou de cowboys ombrageux, donc. « Les entreprises fuient les actions anxiogènes. Elles ne veulent pas rajouter à l'ambiance de plomb actuelle », explique Frédéric Gallois.

Les anciens du GIGN débordent parfois de leur strict domaine de compétence. Et s'aventurent jusque dans la résolution des conflits sociaux. C'est le cas de Vincent François, consultant en communication de crise, fondateur de la société Sémio-Nego et ancien négociateur du Groupe. Il est intervenu dans les moments les plus difficiles du conflit chez Goodyear Amiens en apportant ses conseils au DRH. Chargé de former les cadres aux discussions dans des conditions extrêmes, Vincent François leur a appris à être « authentiques » en toutes circonstances, car leurs interlocuteurs savent reconnaître les comportements « construits ». Et, surtout, à maîtriser leurs émotions. Quitte à reculer lorsque la situation l'exige. Le formateur peut se prévaloir d'un véritable coup d'éclat : c'est lui qui a traité avec les pirates qui, en 2008, ont attaqué Le Ponant, un voilier de croisière de la Compagnie du Ponant qui naviguait dans le golfe d'Aden. Une des actions les plus délicates et les plus longues de l'histoire du GIGN. Au bout d'une semaine, les 30 otages ont été libérés contre une rançon de 2,15 millions de dollars, déboursée par le propriétaire du navire, la CMA CGM.

De plus en plus, les entreprises choisissent d'internaliser l'expertise des anciens du GIGN. On en trouve chez Lagardère, Total, Air France, LVMH, Kering, L'Oréal, Sanofi, au marché de Rungis ou encore chez les Rothschild - la liste est loin d'être exhaustive. Fabien Rognon a été recruté, l'été dernier, pour se charger de la sûreté à l'international de la Société Générale. Réservé, posé, concentré, aux propos pesés, ce lieutenant-colonel en disponibilité de la gendarmerie nationale passe en revue les filiales de la banque française dans les pays à risque. Le danger, il connaît bien. Son dernier fait d'armes au sein du GIGN : la neutralisation des frères Kouachi, dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, le matin du 9 janvier 2015. Trois ans auparavant, il a eu l'occasion de mettre sa résistance au stress à l'épreuve au Mali :« Lors d'un déplacement de l'ambassadeur, j'étais dans le véhicule de tête, en reconnaissance. A un barrage établi par des miliciens, je suis descendu de la voiture pour discuter du passage du convoi, mais on m'a aussitôt tiré dessus. J'ai gardé mon sang-froid et j'ai négocié avec ces hommes armés et passablement excités. Les tractations ont abouti malgré le climat très tendu. Aujourd'hui, je sais mesurer la prise de risque ».

Son cas est représentatif : c'est à l'étranger que la demande augmente le plus fortement. De nombreux ex-GIGN s'installent, du coup, hors des frontières de l'Hexagone. L'un d'eux sécurise un grand hôtel propriété de la famille royale marocaine. Anticip, « le Hermès de la sécurité » selon ses adeptes, n'emploie pas moins de 750 spécialistes en Irak, dont 60 expatriés, anglo-saxons dans leur grande majorité, formés par Cyrille Peguilhan lui-même. La société est aussi active en Libye, au Nigeria et en Birmanie. La palette de ses services va de l'escorte armée à l'évaluation des risques, en passant par l'assistance psychologique aux expatriés et à leurs familles. Avec son entreprise Gallice Security, basée en Irlande, le lieutenant-colonel Antony Couzian-Marchand travaille, lui, surtout avec des gouvernements africains : le Gabon, le Nigeria, le Togo, le Bénin, l'Algérie, l'Egypte, la Somalie, la République centrafricaine et Madagascar, où il a restructuré la garde côtière.

Quand le besoin d'action est le plus fort

A l'aise avec les hommes d'Etat, Antony Couzian-Marchand détonne parmi ses anciens camarades. Grande gueule sympathique, visionnaire idéaliste, bouillonnant d'idées et de projets souvent anticonformistes, il a intégré en 2006 la Cour des comptes comme conseiller référendaire. En 2011, il a pris la direction de la campagne de Christine Boutin pour la présidentielle de l'année suivante. Si l'expérience politique d'Antony Couzian-Marchand s'est achevée sur une grande déception, son retour à la Cour des comptes a réussi. « J'ai appris énormément de choses. Mais la fonction publique n'a pas que des bons côtés », commente-t-il. Le besoin d'action, l'envie d'indépendance et d'émotions fortes ont repris le dessus. En 2013, le commandant en second du GIGN de l'ère Gallois reprend le large. Première mission avec Gallice Security : protéger la Coupe d'Afrique des nations de football.

La reconversion ne se fait jamais sans douleur. Antony Couzian-Marchand n'en fait pas mystère : « La distinction entre bons et méchants était très facile à établir quand nous étions au GIGN », rappelle-t-il. « Finalement, le milieu des affaires est plus dangereux. Nous qui étions formés pour l'offensive, nous nous retrouvons toujours sur la défensive dans la vie de l'entreprise, lui fait écho son ancien chef, Frédéric Gallois. Comparée à ce que nous vivions dans le Groupe, l'entreprise, c'est la jungle. Il y a beaucoup de mines qu'on ne peut détecter. On n'avance pas toujours en confiance. » Parfois, la déception est lourde à porter. Comme pour cet ancien GIGN recruté pour diriger une filiale importante d'un grand transporteur de fonds. Confronté aux petites misères de ses collègues, incapable de revêtir les habits de salarié, il a fait une dépression et finalement quitté la société. Même histoire pour cet autre gendarme, embauché par une entreprise américaine pour la conseiller dans la conception d'un nouveau véhicule blindé d'assaut. « Ils ont utilisé à fond ses conseils, ils ont profité de son expertise, puis l'ont jeté comme une vieille chaussette », déplore l'un de ses ex-camarades.

Car si ces anciens durs veulent bien s'adapter au « milieu civil », ils ne veulent sûrement pas renier les valeurs du GIGN, dont la devise est « S'engager pour la vie ». « Je dois tout au Groupe », résume Cyrille Peguilhan, qui avoue revenir en pèlerinage à Satory, le siège du Groupe, une fois par mois. Tous, sans exception, ne sont partis qu'à l'approche de la limite d'âge. Environ la moitié des membres du Groupe poursuit une carrière dans la gendarmerie. L'autre moitié, en revanche, craint de tomber dans la routine. « De retour dans la gendarmerie, je n'aurais pas eu l'opportunité de continuer à faire ce que j'aimais et ce que je sais faire : des audits de sûreté, de la protection », résume Fabien Rognon. Ceux qui créent leur entreprise autant que ceux qui sont recrutés par des sociétés veulent continuer à défendre les valeurs du Groupe. « On reste un pied dans notre monde. On cherche à reproduire les liens de fratrie qui se développent dans les situations d'extrême intensité », explique Frédéric Gallois. Mais les entreprises sont-elles prêtes à valoriser au mieux les qualités de ces hommes si singuliers ? Pas si sûr, même dans l'ambiance post-attentats. La différence de culture est parfois trop forte. Chiffrer les coûts des missions, couper les dépenses, minuter précisément les prestations, ce sont des contraintes difficiles à accepter quand seul comptait, avant, l'objectif - peu importaient les moyens mis en oeuvre.

L'autre écueil, c'est la solitude. Les anciens du GIGN vivaient comme en famille. Dans l'entreprise, difficile de se faire des amis. « Ce qui me manque le plus, c'est le commandement », souligne Fabien Rognon, seul à exercer sa mission à la Société Générale. Et il y a l'image déformée du GIGN, qui fait de ses membres des super-héros de bande dessinée. « Ce regard du civil me dérange parfois », avoue-t-il. Enfin, il y a la difficulté à s'adapter aux organisations complexes, truffées de directions et de sous-directions aux stratégies multiples et aux objectifs parfois contradictoires. Autant dire que la transition demande beaucoup d'énergie. Depuis deux ans, le commandant actuel, Hubert Bonneau, a fait de la reconversion une de ses priorités. Une tâche dont la difficulté n'a rien à envier à celle de ses missions traditionnelles...

Trois questions à Hubert Bonneau*

Que peuvent apporter vos hommes aux entreprises quand ils quittent le « Groupe » ?

Hubert Bonneau - : Nos hommes ont des qualités précieuses : ils savent s'adapter, faire groupe, agir ensemble et gérer le stress. Sans oublier leurs capacités techniques. Nous avons des ingénieurs, des analystes et des opérationnels de très haut niveau. Ils savent travailler dans des conditions difficiles en pleine autonomie et avec esprit d'initiative. Toujours disponibles, les anciens conservent nos valeurs chevillées au corps : « On sert le GIGN, on ne se sert pas du GIGN ».

Les accompagnez-vous vers la vie professionnelle civile ?

H. B. - : Bien sûr. Depuis 2007, un responsable des ressources humaines a pour mission de bien les préparer à la vie civile. Nous avons trois outils. Tout d'abord, le cercle des anciens. Des ex-membres du Groupe partagent avec les partants leur vision du monde de l'entreprise. Nous avons aussi deux « réservistes citoyens », des civils qui, par leur place et leur fonction, sont à même d'évaluer et d'orienter les membres du Groupe. Ils vont jusqu'à les aider à rédiger leur CV. Enfin, nous avons bâti un réseau de sociétés intéressées par nos hommes et certaines de nos prestations.

Vous travaillez en direct avec les entreprises ?

H. B. - : Oui. Nous avons déjà plus d'une dizaine de partenariats avec des grands groupes du transport, de la logistique, de la distribution et de l'aéronautique. Nos conventions portent sur la formation, le conseil et l'évaluation des risques. L'argent généré par ces partenariats sert au financement de nos installations. Par ailleurs, nous oeuvrons avec les sociétés qui ont créé le Cindex (Club inter-entreprises sur les stratégies et politiques de mobilité internationale), un lieu d'échanges sur les bonnes pratiques de l'expatriation.

* Commandant du GIGN depuis deux ans.


Lire l'article dans Les Echos : Leur vie après le GIGN

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