La prise d’otages terroriste est un phénomène en net accroissement depuis une cinquantaine d’années pour l’opportunité unique qu’elle offre aux preneurs d’otages d’imposer par l’horreur et le chantage leur vision du monde aux sociétés qu’ils combattent.

Par Arnaud Emery, doctorant en droit à l'université Jean Moulin de Lyon III, chargé de mission Digital Learning chez ANTICIP.


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La spécificité de la prise d’otage terroriste comme modus operandi pour commettre un attentat réside dans la temporalité de celle-ci. Ce type d’attentat peut s’étaler sur plusieurs heures voire plusieurs jours et l’incertitude durable qu’il fait peser quant au nombre et à la survie des otages sur l’opinion publique qu’il souhaite frapper en renforce dramatiquement l’impact. L’attentat à la bombe , l’assassinat ciblé, la fusillade ou l’embuscade sont des attentats déjà terminés lorsque l’opinion publique en prend connaissance. Si l’impact médiatique et émotionnel de ce type d’attentats est très grand, celui déclenché par une prise d’otages dont le déroulement est souvent suivi en direct des heures durant sur les plateaux de télévision est facilement comparable voir supérieur malgré des pertes humaines parfois bien moindres. L’incertitude prolongée sur le sort des otages et la grande couverture médiatique permet ainsi pleinement « l’impression d’interchangeabilité des cibles et l’identification compassionnelle ressenties par les citoyens spectateurs » exposée par Floran Vadillo.

Prendre des personnes en otage afin d’exercer une forme de chantage sur une autorité étatique est considéré partout dans le monde comme un affront grave fait à la puissance publique. Il est donc nécessaire de s’interroger afin de savoir si la prise d’otage de masse (ou de type siège) comme attentat terroriste , de par le choc émotionnel qu’elle produit, n’est pas le révélateur glaçant des limites de l’État de droit, accordant une forme de blanc-seing juridique à l’État quant aux moyens mobilisables pour y mettre un terme.
En effet cet article démontre que ce n’est bien souvent pas tant la préservation des vies des otages que l’élimination rapide des preneurs d’otages qui motive les opérations de secours armées déclenchées par les gouvernements autoritaires. Par ailleurs, si l’otage est relativement mieux protégé dans les États démocratiques, ceux-ci peuvent avoir tendance à sur-réagir et à laisser paraître les limites de l’État de droit dans leur gestion de la crise terroriste. Ces stratégies, mise au service de l’ambition légitime de neutraliser les preneurs d’otages, se révèlent pourtant d’une relative stérilité en ce qui concerne leur aspect dissuasif. Elles emportent par ailleurs des conséquences dramatiques pour les victimes.

I. La neutralisation des preneurs d’otages, priorité première des gouvernements « autoritaires »

L’analyse de la résolution des prises d’otages dans les États autoritaires démontre par les moyens mis en œuvres et l’argumentation des dirigeants que ceux-ci ont pour but premier de mettre un terme à la prise d’otage, quel qu’en soit le prix. Ainsi de la prise du palais de justice de Bogota en 1985 à la crise d’In Amenas en Algérie en 2013 en passant par le siège du Théâtre du Nord-Ost à Moscou en 2002 et la crise de Beslan en 2004, tous ces drames ont pour point commun une perte massive de vies coté otages indubitablement liée à la mise en œuvre d’une réponse particulièrement violente des autorités négociatrices.

A) La victoire à tout prix, une tragédie pour les otages

Deux crises illustrent la stratégie visant à obtenir la victoire à tout prix sur les terroristes et les terribles conséquences pour les otages qui ne sont pas pris en compte dans le choix des moyens déployés par les autorités négociatrices.

À Bogota, la prise d’otage du palais de Justice les 6 et 7 novembre 1985 par des membres du mouvement du 19 avril (M-19) constitue le chapitre le plus sombre de l’histoire colombienne et la réponse de l’armée nationale reste dans les mémoires comme « l’holocauste » . Les trente cinq guerilleros du M-19 retinrent 350 personnes en otage dont 11 des 25 juges de la cour suprême colombienne durant près de vingt-huit heures. L’impact médiatique fut retentissant, la réponse de l’armée tout autant. L’assaut de cette dernière eu lieu le lendemain, engageant tous les moyens disponibles et au mépris le plus absolu de la vie des otages, jusqu’à l’incendie total du bâtiment. On peut observer, sur les images d’archives notamment, un char d’assaut de l’armée tirer dans le bâtiment à travers la porte. Près de 100 personnes y trouvèrent la mort y compris 33 des 35 guerilleros et 11 magistrats. Au surplus, au moins dix personnes disparurent après avoir été arrêtées par l’armée. Une commission pour la vérité fut mise en place et les procès s’étalèrent sur plus de vingt ans. La commission dans son rapport final de 2010 explique que « les 6 et 7 novembre 1985, la Colombie a renoncé au dialogue et a laissé les armes, dans un échange féroce et irrationnel, remplacer l’État de droit et les valeurs citoyennes essentielles » . Les otages furent considérés comme quantité négligeable.

Par ailleurs la récente crise d’In Amenas en Algérie en 2012 vient confirmer cette tendance à la primauté de la neutralisation des terroristes sur la vie des otages. Alors que les terroristes entament des négociations, les autorités algériennes ne leurs proposent que la reddition ou la mort. Elles n’hésiteront pas à pulvériser au missile un convoi de terroristes qui tentait de regagner l’usine en sachant parfaitement que des otages servaient de boucliers humains au convoi. 33 otages y perdirent la vie. L’assaut final de l’armée algérienne le samedi 19 janvier sur les 11 derniers djihadistes retenant encore 7 otages étrangers finit dans un bain de sang, tous les otages furent exécutés et où l’armée tua tous les preneurs d’otages. Si on ne peut reprocher aux autorités algériennes de ne pas accorder plus de considération pour les otages étrangers que pour les otages algériens, manifestement ces otages n’étaient pas la priorité. La vraie priorité étant probablement de maintenir une attitude extrêmement ferme face au terrorisme, quitte à ne laisser aucune place à la négociation.

Cette tendance des États autoritaires à privilégier la neutralisation des preneurs d’otages par rapport à la survie des otages est également prégnante en étudiant deux des prises d’otages dont fut victime la Russie au début du XXIème siècle.

B) Une réponse russe implacable contre les prises d’otages indépendantistes

En 2002 et en 2004 deux prises d’otages majeures impliquant l’armée russe viennent démontrer le même manque de considération pour la vie des otages. Au théâtre du Nord-Ost tout d’abord où 40 tchétchènes prirent en otage près de 850 spectateurs le 23 Octobre 2002 . Après 55 heures de siège et bien que rien ne laissait à penser que les preneurs d’otages aient exécuté quiconque (exception faite des tentatives d’intrusion dans le théâtre ou de fuite) les forces spéciales russes donnèrent l’assaut. L’armée russe fit usage d’un gaz narcotique jamais testé en situation réelle sur 900 personnes affaiblies par trois jours de siège alors que la situation ne s’était pas réellement détériorée . Alors qu’à la vue du gaz ils ne pouvaient ignorer l’imminence de cet assaut, les Tchétchènes ne s’en prirent pas aux otages, n’actionnèrent pas leurs ceintures d’explosifs et se contentèrent de tirer sur les fenêtres pour ventiler la pièce avant de s’allonger au sol. Une dizaine de minutes plus tard, otages et terroristes étaient tous inconscients. Les forces spéciales russes laissèrent pourtant s’écouler près de trente minutes avant de donner l’assaut et d’abattre tous les terroristes. Une partie non négligeable des otages décédèrent in fine du manque évident de préparation des secours .
Vladimir Poutine argua tout au long des événements que l’objectif de l’opération de sauvetage était de ‘prévenir l’érosion du prestige de la Russie sur la scène internationale’ . Cela ne laisse pas à penser que la vie des otages ait été la priorité de cette mission .

Le manque de considération portée aux vies des otages par les autorités russes est d’autant plus flagrant à la lumière du précédent de 1996-1997 lors d’une prise d’otage au Pérou où l’usage d’un gaz narcotique avait déjà été envisagé. Les autorités russes n’auraient donc jamais du envisager le déploiement de moins de 2 000 médecins pour près de 900 otages si ils désiraient recourir à un dérivé du Fentanyl et maximiser les chances de survie des otages. Le temps étant par ailleurs capital, il fallait également permettre l’accès des médecins aux victimes dans les minutes qui suivirent l’usage du gaz or il s’écoule plusieurs dizaines de minutes rien qu’entre l’usage du gaz et le début de l’assaut .

Deux ans plus tard, la crise de Beslan, où l’assaut mené par les forces russes conduisit à la mort de 344 otages dont 186 enfants, renforce l’idée que pour les autorités russes, la vie des otages passe après la neutralisation des terroristes. Entre les otages qui périrent sous le feu croisé des terroristes et des forces spéciales et ceux qui perdirent la vie lorsque le plafond du gymnase où ils étaient retenus s’effondra, le sauvetage fut une catastrophe où rien ne permet de penser que la vie des otages ait été une priorité. Les forces spéciales utilisèrent notamment des tanks, des lance-grenades et des lance-flammes pour mener l’opération de sauvetage des otages ce qui vient confirmer cette présomption.

S’il existe une indéniable tendance pour les États autoritaires à gérer la prise d’otage de façon à mettre en avant la fermeté de l’appareil étatique face au terrorisme, quitte à mettre en danger les otages, force est de constater que malgré leur apparente intransigeance les États démocratiques tendent à prendre en compte et protéger d’avantage les otages.

II. L’otage au centre de la stratégie de lutte antiterroriste des États démocratiques.


Les États démocratiques occidentaux ont été relativement épargnés par ce type d’action coup de poing comparé aux nombreuses crises qui ont frappé nombre d’Etats autoritaires ou de pays en développement. Néanmoins, l’année 2015 qui a vu deux prises d’otages la même année sur le sol français (à L’Hyper cacher de la porte de Vincennes et au Bataclan) marque un tournant et laisse à craindre le possible accroissement de ce type d’actions en occident. Si par définition presque toutes les prises d’otages de masse tombent dans le champ du terrorisme tel que défini par le Conseil de Sécurité de l’ONU dans les faits leurs motivations permettent de distinguer en Europe deux tendances différentes. On observe ainsi une évolution notable de la prise d’otages de masse en occident entre un XXème siècle marqué par les revendications politiques (indépendance, échanges de prisonniers etc.) de ce type d’actions qui laissent place au XXIème siècle à une volonté de soumettre et conquérir (via le jihad par exemple).

A) Prises d’otages politiques et relative sanctuarisation de l’otage

Trois grandes prises d’otages du XXème siècle méritent d’être mentionnées pour leur impact notable sur l’évolution de la réponse antiterroriste en Europe. Ces prises d’otages ont toutes trois tenté de servir des objectifs principalement politiques et à ce titre les otages y sont vraiment vus comme une monnaie d’échange de valeur du point de vue des preneurs d’otages. Ce type de crises sert des revendications pratiquement inacceptables par l’État et les chances de résolution pacifique sont faibles.

Tout d’abord il faut mentionner la prise en otages des 11 athlètes israéliens au cœur du village olympique de Munich les 5 et 6 septembre 1972 par le commando palestinien de Septembre Noir visant à obtenir la libération de 236 activistes palestiniens. Un très grand nombre de facteurs conduisirent à la catastrophe avec la perte finale de l’ensemble des vies israéliennes, et la mort de la plupart des preneurs d’otages. Néanmoins plusieurs leçons se dégagent de ce drame avec tout d’abord le refus absolu des autorités israélienne de négocier sur des bases politiques avec les terroristes ce qui demeure la norme aujourd’hui. Ensuite, le fiasco total de l’opération de secours menée par la police allemande conduisit à la création partout en Europe d’unités de police antiterroriste entrainées et équipées pour gérer ce type de crises. De plus, la gestion catastrophique des média internationaux qui filmèrent les évènements en direct permettant aux terroristes de voir l’assaut venir sur la télévision de la chambre où ils s’étaient retranchés fut analysée partout en Europe afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Enfin, la libération rapide des trois terroristes survivants de Munich le 29 octobre 1972 lors du détournement du vol 615 de la Lufthansa fut probablement permise afin de clore l’affaire et d’éviter le procès public de ces terroristes qui aurait immanquablement nécessité une enquête approfondie sur la réponse apportée par la police allemande, ce que le gouvernement allemand a toujours refusé de faire publiquement. On peut s’interroger à ce titre si cela n’explique pas en partie pourquoi les preneurs d’otages sont si rarement capturés vivants, peut-être afin d’éviter de leur offrir un tribune ou que d’autres actions ne soient menées pour les libérer.
Il convient ensuite de mentionner l’opération Nimrod et l’Assaut du vol AF8969 qui illustrent tous deux l’adaptation rapide des unités de police antiterroristes et leur capacité à protéger les otages au cours des assaut visant à mettre un terme à ces deux crises.
L’opération Nimrod fit suite à la prise d’otage de l’ambassade iranienne à Londres entre le 30 avril et le 5 mai 1980. Six preneurs d’otages retinrent 26 personnes au sein de l’ambassade, dont cinq qui furent relâchées après négociations avec les autorités britanniques. Ils militaient pour la souveraineté du Khûzistân, une province iranienne et souhaitaient également la libération de prisonniers arabes. Le siège s’est enlisé pendant six jours jusqu’à ce que les terroristes impatients exécutent un otage avant de jeter son cadavre hors de l’ambassade. Le gouvernement de Margaret Thatcher décida alors d’envoyer le Special Air Service, une unité spéciale de l’armée britannique, qui mena un assaut spectaculaire avec une équipe au sol et une équipe en rappel sur la façade de l’ambassade devant les caméras du monde entier. Un otage et cinq terroristes perdirent la vie, le dernier terroriste fut arrêté. Cette crise fit la renommée du SAS britannique et démontre qu’avec des professionnels entrainés et la motivation adéquate il est possible de maximiser les chances de survie des otages, quitte à laisser perdurer la situation tant que leurs vies ne sont pas menacées.
Enfin l’assaut sur le vol AF8969 le 26 décembre 1994 par le GIGN démontre à nouveau que des professionnels entrainés peuvent sauver l’intégralité des otages d’une situation pratiquement impossible (quatre terroristes dans l’habitacle d’un avion rempli de passagers).

On constate ainsi que les otages ont été relativement épargnés jusqu’au dénouement de toutes ces crises, et que les moyens mis en œuvre par les forces de police après le massacre de Munich ont permis de sauver à chaque fois la quasi totalité des otages. Pour autant si les motivations derrière ces actions ont évoluées au XXIème siècle, les prises d’otages sur le sol occidental de l’année 2015 portent un bilan en demi-teinte. En effet, de l’Hyper Cacher au Bataclan les pertes du coté des otages ont été particulièrement lourdes. Et la gestion de ces crises par les autorités françaises n’est pas nécessairement exempte de tout reproche.

B) Prises d’otages terroristes et désacralisation absolue de l’otage

Il faut reconnaître qu’à l’inverse des prises d’otages politiques précédemment étudiées, celles de 2015 ont vu des terroristes décidés à mourir et avec qui la négociation était pratiquement impossible. A contrario, les crises évoquées précédemment par cet article ont toute eu des phases réelles de négociation aboutissant souvent à la libération pacifique d’une partie des otages. Ces nouvelles motivations derrière la prise d’otage ne visent qu’à servir un but : inquiéter voire terroriser la population victime en maximisant l’impact de l’action via les media. Pour parvenir à ces fins, les otages sont vus non plus comme une monnaie d’échange pour obtenir un avantage politique mais comme un consommable dont l’exécution brutale et si possible spectaculaire permettra de répandre la terreur. Ces nouvelles prises d’otages emportent la volonté des deux parties d’obtenir une victoire totale sur la partie adverse, à n’importe quel prix, et ne laissent pratiquement aucune place à la négociation.
Cette tendance viendrait infirmer (pour le cas des prises d’otages de masse) l’idée développée par Arnaud de Coupigny selon laquelle « une grande majorité de prises d’otages continuent de s’achever par un accord. » et renforcer son postulat selon lequel la désacralisation de l’homme au XXème siècle conduit au meurtre de l’otage , une constante de plus en plus observable au XXIème siècle.
La prise d’otage de l’hyper cacher de la porte de Vincennes par Amedy Coulibaly est unique en son genre au sens où elle est motivée par un autre siège en cours, celui des frères Kouachi, cernés par le GIGN à Dammartin-en-Goëlle. Coulibaly qui a tué 3 otages dès son entrée dans le magasin en tue un quatrième qui essaye d’utiliser contre lui une des ses armes enrayée qu’il avait laissée sur un carton. Il n’en tuera pas d’autre mais menace de tous les tuer si les frères Kouachi ne sont pas laissés libres. La sortie de ces derniers qui trouvent la mort face au GIGN à Dammartin précipite l’assaut du Raid et de la BRI face à Coulibaly. On observe là un glissement intéressant néanmoins, là où les preneurs d’otages du XXème siècle demandaient souvent à parler au préfet, à un ministre ou au président de la république, Coulibaly lui voulait s’adresser aux média, à BFMtv. La gestion des media est d’ailleurs le plus gros point de reproches adressés aux autorités françaises. On retrouve ici l’idée développée il y a plus de cinquante ans par Raymond Aron, les groupes terroristes dans leur utilisation des médias recherchent « un impact psychologique, hors de proportion avec les effets physiques produits et les moyens utilisés » . C’est là une différence nette entre démocraties et États autoritaires, les premiers doivent composer avec la liberté de la presse les seconds peuvent s’en passer (comme lors de la crise d’In Amenas par exemple).

Le 13 Novembre 2015, en parallèle aux multiples fusillades dans Paris, trois hommes armés pénétrèrent dans le Bataclan et prirent en otage les spectateurs d’un concert des Eagles of Death Metal. Il ne s’agit plus vraiment ici de viser une frange de la population française mais bien de frapper les esprits et cette population dans son ensemble. Si les otages ne furent pas réellement vus comme une monnaie d’échange, les discussions ayant eu lieu entre les terroristes et les victimes ainsi que les échanges téléphoniques avec le négociateur du Raid permettent d’accréditer la thèse de la prise d’otages. Au Bataclan, le but des terroristes était de tuer un maximum d’otages avant l’arrivée des forces de l’ordre puis de mourir en martyrs.. Si Al-Moqrin prescrivait en effet aux membres d’Al-Qaïda d’exécuter progressivement les otages si le siège dure les terroristes de Daesh n’en tiennent plus compte. Dorénavant le siège commence par l’exécution immédiate des otages ce qui est en opposition complète avec « les principes de distinction, de proportionnalité, de loyauté et d’humanité » du jus in bello islamique.

C’est ce glissement dans une violence aveugle et absurde et le choc émotionnel qu’il produit qui pousse l’État de droit dans ses derniers retranchements. De facto, tous les terroristes du 13 novembre 2015 ont été abattus ou se sont suicidés. Quelques jours plus tard à Saint Denis le Raid a mené un assaut extrêmement violent contre un appartement abritant des personnes soupçonnées de complicité de terrorisme en lien avec ces attaques. Il est nécessaire de s’interroger si de tels moyens pourraient être déployés à l’avenir en présence d’otages car de nombreuses zones d’ombres entourent toujours cette intervention . S’il est évident que les preneurs d’otages de l’année 2015 se sont radicalisés dans leurs méthodes et dans leur violence, il est néanmoins permis de s’interroger sur la proportionnalité de la réaction des autorités dans leur lutte contre le terrorisme au travers des moyens qu’elles engagent et des buts qu’elles poursuivent. A fortiori si les Etats occidentaux traitent désormais ces prises d’otages comme des tueries de masse, où « plus la police intervient vite, moins le nombre de victimes a de chances d’être élevé » selon Olivier Hassid et Julien Marcel, il semble légitime de se demander si ces moyens extrêmement violents ne risquent pas de finir un jour par s’appliquer systématiquement à toutes les prises d’otages en occident. Cela mépriserait les différences fondamentales qui peuvent les caractériser et accroitrait drastiquement le nombre de victimes collatérales.

Conclusion

Il apparaît clairement que les États refusent de façon quasi systématique de céder aux demandes politiques et a fortiori aux demandes terroristes. Cependant, l’otage qui est dans une position naturelle d’extrême précarité est bien d’avantage en danger si les demandes des preneurs d’otages sont de nature terroriste que si elles sont plutôt de nature politique. A fortiori cette précarité est encore accrue si l’État visé par la prise d’otages n’a que peu de comptes à rendre à son opinion publique au travers d’un régime autoritaire. A contrario les États démocratiques tendent à tout faire pour préserver la vie des otages. Il faut toutefois s’interroger sur les effets d’une tolérance accrue par l’opinion publique de moyens hyper violents pour lutter contre le terrorisme et les risques décuplés que pourraient courir les otages de demain si ce type de moyens se généralise.
En effet, les faits observés depuis les attaques du 13 novembre 2015 et la prise d’otage du Bataclan permettent hélas déjà de douter de « la stricte observance des canons de l’État de droit » pourtant décrite par Floran Vadillo comme condition sine qua non à la survie de la démocratie dans sa lutte contre le terrorisme.
Il est important de s’assurer que la survie des otages demeure bien la priorité numéro une des autorités et que celle-ci seront capable de combattre le terrorisme sans s’affranchir des règles de l’État de droit. En effet à trop repousser les limites de l’acceptable on en vient à accepter l’inacceptable et nul doute que personne ne souhaite voir un jour l’État français recourir aux méthodes algériennes ou russes pour « protéger » ses ressortissants pris en otage. Au vu de la recrudescence de ce type de prises d’otages et de la détermination des preneurs d’otages à mourir en martyrs, il est permis de douter de l’efficacité de l’hyper violence comme arme de dissuasion contre les futurs preneurs d’otages. Si la démocratie soumise à l’odieux chantage de la prise d’otages terroriste ne doit pas succomber à la peur, elle ne doit pas non plus succomber à l’excès inverse : la haine.Les prises d’otage sont considérées, partout dans le monde, comme un des crimes les plus abjects qui soient car elles exploitent la plus grande faiblesse de l’être humain : son besoin des autres, le lien émotionnel qu’il entretient avec ses semblables. Sans surprise, c’est devenue depuis cinquante ans le modus operandi le plus prisé du terrorisme international pour l’effroi qu’il suscite et la couverture médiatique sans commune mesure dont bénéficie ce type d’incidents. Pour autant force est de constater que les chances de survie de l’otage sont souvent conditionnées, en sus des motivations des preneurs d’otages, par celles de la puissance publique en charge de la crise. Il semble que plus le poids de l’opinion publique est important et plus l’otage sera pris en compte par les autorités. Arnaud Emery, doctorant en droit à l’Université Jean Moulin Lyon III explore ainsi, au travers d’exemples concrets, la  dichotomie nette entre les doctrines appliquées par les États autoritaires et celles appliquées par les États démocratiques dans la résolution des prises d’otages de type siège. L’auteur s’attarde également sur le risque de sur réaction des États démocratiques pouvant mettre à mal l’État de droit et dégrader la trop faible protection des otages.

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