Les milieux d'affaires s'inquiètent des récentes attaques terroristes contre les expatriés, notamment en Afrique de l'Ouest.

Le 15 janvier une attaque terroriste revendiquée par AQMI a touché le café pour expatriés Cappuccino près de l'hôtel Splendid à Ouagadougou au Burkina Faso. ( AFP / AHMED OUOBA / STR )
Trois employés de Scales, une société française de transports, sont morts dans les attentats de Ouagadougou il y a une semaine. Ces attaques jihadistes contre deux lieux très prisés des expatriés de la capitale du Burkina Faso, le Café Cappuccino et l'hôtel Splendid, avaient tué 30 personnes. En novembre au Mali, l'attaque de l'hôtel haut de gamme Radisson Blu de Bamako avait fait 20 morts.
Alors que les entreprises françaises se développent de plus en plus à l'étranger, le gouvernement a lancé depuis Paris jeudi 21 janvier un service spécifique pour améliorer la sécurité des salariés et des équipements, lors de la dixième rencontre sur la sécurité des entreprises françaises à l'étranger.
"On passe d'un monde au risque cartographiable à un monde où le risque est omniprésent", explique Jean Pautrot, président de la mobilité internationale du Cercle Magellan, un réseau d'entreprises partenaire du ministère des Affaires étrangères. "La préoccupation sécuritaire des entreprises est de plus en plus vive", renchérit un expert proche du monde économique. Et d'ajouter : "le monde a changé et il faut s'adapter à ces nouvelles exigences", notamment chez les PME pour lesquelles la prise de conscience des dangers encourus est récente.
Le ministère des Affaires étrangères a doté son site de conseils aux voyageurs d'un onglet spécifique aux entreprises. En plus des informations déjà disponibles sur les zones à éviter et les risques sanitaires, le portail web fournira des précisions sur les conditions d'obtention du visa d'affaires, la qualité des réseaux de télécommunication et des contacts utiles, comme les chambres de commerce françaises sur place. Ce service vient s'ajouter aux "fiches réflexes" rédigées par pays et type d'entreprise.
Par ailleurs, le Quai d'Orsay gère également la plate-forme, "Ariane", où les voyageurs, professionnels ou non, peuvent signaler leurs séjours à l'étranger. Près de 350.000 comptes ont été créés sur ce réseau.
Lors de cette rencontre, le ministère a aussi mis en avant son Centre de crise et de soutien (CDCS) qui assure la liaison avec les entreprises en cas de crise, comme lors de l'attaque de l'hôtel Radisson Blu à Bamako en novembre. "On a pu communiquer tous les numéros de chambres dans lesquelles il y avait des Français", une information précieuse avant l'intervention conjointe des forces maliennes et étrangères, explique Alain Juillet, président du Club des directeurs de sécurité des entreprises. "La liaison a vraiment été bonne", se réjouit Alain Juillet, dont l'organisation a servi, pendant cette crise, d'intermédiaire entre les entreprises et le gouvernement.
Les gendarmes français participent à l'enquête sur l'attaque de l'hôtel Radisson Blu
Les gendarmes français participent à l'enquête sur l'attaque de l'hôtel Radisson Blu de Bamako en novembre dernier. ( AFP / ISSOUF SANOGO / STF )
À côté de l’État, des sociétés privées ont aussi flairé le filon de la protection aux entreprises. "On assiste à une vraie prise de conscience des chefs d'entreprise", observe Laurent Bouly, directeur marketing d'Anticip, une société spécialisée dans les services de sécurité et de défense, qui compte comme clients des entreprises du CAC 40 et des PME.
"Il est important de connaître ses propres vulnérabilités, de mettre l'accent sur la formation et l'information, et de s'assurer du suivi de ceux-ci sur le terrain", recommande-t-il aux entreprises qui veulent s'installer en dehors de leurs frontières. Il cite plusieurs méthodes employées pour répondre aux nouveaux défis sécuritaires, comme le 'tracking' qui permet de "suivre l'employé, de savoir dans quelle chambre il dort, quel avion il prend...", poursuit-il.
Mais si les entreprises peuvent se renseigner auprès des services de l’État ou de sociétés privées, "en fin de compte, c'est le chef d'entreprise qui prend la décision seul" d'envoyer son personnel dans telle ou telle zone, assure Alain Juillet. "Les entreprises sont responsables juridiquement", poursuit-il. Il cite le cas du voyagiste Ultramarina, condamné par le tribunal de grande instance de Paris en 2006 à indemniser trois touristes français enlevés dans une île des Philippines lors d'un séjour organisé en 2000. Le tribunal avait reconnu que le professionnel avait "gravement manqué à son devoir d'information".
Thierry Dol, libéré il y a deux ans après avoir été otage pendant trois ans d'AQMI, a
Thierry Dol, libéré il y a deux ans après avoir été otage pendant trois ans d'AQMI, a porté plainte contre Areva et l'État français. ( AFP / NICOLAS DERNE )
L’ex-otage Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) Thierry Dol s'est récemment retourné contre son employeur Areva et contre l’État français. Ce salarié qui travaillait sur un site minier au Niger a déposé de deux plaintes, pour "mise en danger de la vie d’autrui" et "non assistance à personne en danger ".

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